NotyBook

20 juin 2017

TABLEAU XII

012

Point de rupture.

Déflagration.

Effet de recul.

La distance puis la réserve m'ont permis

de rêver autour du monde.

(l'enfance des états d'âme)

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19 juin 2017

Une vague sur le bitume

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Un vaste chantier

Se tient dans le ciel.

Mécanique de l'orage.

Tout s'assombrit.

Une pluie d'ombres caustiques

Perfore mon cœur calcaire

Et m'interdit l'accès à la raison.

Mais des molécules aromatiques

D'encens entêtant

Me suggèrent la respiration

Tout s'éclaircit.

Excavation de souvenirs.

Du souffle éteint du passé

Se dégage

Une fabuleuse énergie.

Des jours fossiles

J'exploite le filon.

Tout se construit.

La poussière hirsute

Qui se déloge des roches anciennes

Se masse en architecture.

Des empreintes

Des étraves

Je découvre une trajectoire.

Tout se poursuit.

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respiration

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L'idée de permanence m'obsédait.

Comme la sensation d'imminence qui neutralise, il suffit d'une fois, tout espoir d'élan, de mouvement, de changement. J'avais la certitude que quelque chose d'irréversible et d'inévitable allait faire voler en éclats les pauvres fondations de ma vie.

C'est épuisant de vivre dans l'inconfort et je sentais que j'arrivais au dénouement.

D'où l'urgence de trouver une idée et le devoir de la faire germer. Obtenir une plante adulte, qui ne se contente pas de son pot...

Elle dormait profondément. La flamme vacillante de la bougie posée près d'elle, éclaboussait sa peau. Des vagues tantôt sombres tantôt lumineuses redessinaient sans cesse les contours de son visage, dissimulant les traits réels, modelant à leur guise l'expression abandonnée dans le sommeil.

Je la regardais respirer. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait avec une telle ponctualité. Je voudrais disparaître à l'instant dans ce rythme. Faire partie de ce mécanisme complexe, fiable et mystérieux. Chaque organe, chaque planète de ce système, chaque émotion, chaque corde de cet instrument, n'auraient eu de secret pour moi. J'aurais été ma vie entière fidèle à ce chant.

Mais à ses yeux, même clos, j'étais une personne qui demeurait toujours à distance.

Comment devenir intime quand tout ce que l'on désire s'éloigne avec le temps qui se charge à notre insu de lourds souvenirs épais ?

J'écoutais sa respiration, le souffle profond d'un vent qu'on aurait enfermé dans une boite.

Un jour lointain, le vent captif souleva le couvercle et s'échappa dans un sifflement aigu, un bruissement d'ailes, tel une slave d'oiseaux craintifs et sauvages qui n'avaient jamais rencontré les coins du ciel.

Même si je devais refermer la boite, enfermant dans son corps creux le vide silencieux, j'entendrais l'écho de ce vent encore, sa longue et profonde respiration, quand elle semblait dormir.

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échappée belle

Voute

Trophée

"Du foyer en feu

Je me suis échappé

J'ai tracé, enluminé

À la cendre incandescente

Des lettres fossiles."

 

En moi, une chapelle abandonnée que je cherchais à réhabiliter. J'étais une place assiégée de questions. Un monument traversé par des morts communs, du même sang que moi, mais trop lointains pour distinguer l'écho de leur vie. Un sang séché, des voix fossilisées jusqu'au silence de pierre. J'exhumais sans avoir de preuves, des souvenirs souterrains.

Quand on est enfant, on n'est pas loin du néant. D'une vie pas éclose. Une écorce fendue pour le bois de chauffe. On provient d'une ligne tracée dans la poussière. Erosion. Il fut un temps où la forêt primaire du langage inspirait les fables. Des racines ombilicales des grands arbres à la canopée, on transmettait des messages. Survie. Instinct de primate. On se nourrissait de fruits mûrs, tombés au sol. On cueillait aux branches du langage des lettres gorgées de sucre au goût plaisant qui aussitôt avalées donnaient des sons. Des chants originels il ne reste que notre cri primal, resté sans traduction. J'ai dû boire à la source avant de me nourrir au sein de ma mère. On pourrait être du vide laissé par les morts. Mais un jour on respire et tout se trouble.

On prend la naissance pour le départ d'une course où tout se joue. Urgence. Pourtant tout s'est fait lentement, au ralenti, pour mieux percevoir les détails.

Ennui.

Recroquevillé dans l'attente.

Je m'inscrivais nulle part.

Réfléchissais une lumière héréditaire. Caisse à outils. Myriades de questions. Sans instruction l'enfant devinait, reniflait, suivait une trace... Je ne parlais pas d'esprit ni d'âme. Je ne connaissais pas encore ces mots. Transcription.

Me suis-je demandé si l'accès à l'écriture m'était interdit ?

S'il fallait des codes genre héraldico-cabalistiques que seuls les initiés reconnaissent.

Entrer dans une profession de foi. Apprendre une langue aux mécanismes encyclopédiques et puis faire ses preuves. Conventions. Transmission des maîtres à l'élève. Initiation. Passer un permis d'écrire quoi !

Doute ou curiosité?

Douter de mon existence même, de sa légitimité. Je crois que j'ai voulu vérifier s'il se passait quelque chose derrière, derrière la réalité, derrière ma petite vie d'enfant.

Passage. Rite plutôt qu'apprentissage. Mon corps entier sous une impulsion sauvage empruntait un sentier non-géolocalisé.

Je n'écrivais pas. Je partais à la découverte d'un monde ancien qui se désagrègerait au fil de mes années à venir. Je devais marcher sur les mots, les arracher à mon ignorance, les piétiner au rythme d'une transe, les émaner de ma souffrance.

Ai-je souffert du silence avant d'écrire? Pourquoi n'ai-je pas crié avant d'écrire ?

J'habitais une maison toute fanée, abîmée par des secrets et des vies sans histoires.

Mes parents avaient coupé le son, m'avaient coupé de leur union. Je n'étais plus un trait d'union mais un tiroir où ils rangeaient avec soin leurs secrets et leurs mensonges.

Tabous domestiques.

Nul besoin de savoir lire. Nul besoin d'apprendre à écrire. L'enfant parcourait du regard les murs comme des albums de famille, humait les vapeurs vulgaires du quotidien, caressait le poil rustre de la bête refroidie, engloutissait à pleine bouche les plats mesquins de la misère.

Les traits innocents de mon regard d'enfant ne perdaient pas de leur éclat. Ébloui par la lumière héréditaire, je sautais à pieds joints dans l'immense vide de la page blanche.

Je n'écrivais toujours pas. J'allais, chassant les mots, aguerrir mes sens.

Pour sortir j'éventrais les fenêtres, concassais à coup de pieds le sol de mon enfance, pliais en quatre ma page blanche et la glissais au fond de ma poche.

À chaque pierre cassée j'apprenais un nouveau mot.

Passé le seuil de l'enfance, je suivais la phrase longue de mon destin caché dans ma poche. Ne connaissant pas le mot destin, je choisis "liberté" que j'avais lu dans les yeux éteints des trophées du salon.

Ces têtes clouées au mur, ces bêtes sauvages figées dans le silence avaient eu une vie avant d'être mortes, comme moi avant d'être né.

Destin.

Page blanche.

"Longtemps mise à plat entre les pages d'un gros bouquin, enfermée dans le noir de ma tête, elle s'est mise à faner."

Raviver les cendres. Revenir sans cesse sur les pas des mots. Ranimer les mots tracés, les mots finis. Ecrire sans respirer. Parler les yeux fermés. "Écouter les histoires de l'air, soutenir le regard du paysage sans jamais l'attacher."

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Glace

trace15

Lundi 28 novembre... en tentant d'arrêter la clope :
Ta vie n'a plus aucun rythme, aucun sens, juste des tremblements.
J'ai toujours été capable de réussir mais je n'ai jamais tenté.
Chercher des désirs.... Nouveaux.... Inédits.... Juste l'idée de désir me suffirait.
Courir pour attraper un train en marche qui ne m'attend pas... Je sais ce que c'est.... Nouvel horaire, nouvelle destination.
Le quai... L'attente tranquille. Je suis à l'heure. Pas de bagages. Vivre le transport dans l'inconfort.
Et ça n'est que le début ! Attends-toi au pire. Après les tremblements, les déchirements. Toutes les nuances subtiles et perverses... Des dégradés de couleurs sombres des plus glaçantes au plus brûlantes... Quel programme ! Je ne vais pas m'ennuyer.
Un va et vient, une oscillation.
Ça tord, ça brûle et puis le calme, transport ouaté, plénitude chimique...
Je ne cherche pas la volonté.
Je ne cherche pas la force.
Je ne cherche pas l'énergie pour contrer.
Je vais me persuader que tout va bien. Qu'il ne me manque rien. Je vais monter de toutes pièces une illusion. Jouer la comédie contre moi-même.
Tout d'abord, je pose un décor.
Un quai... Une horloge de gare... Elle commence déjà à grimacer.
Un train qui va s'arrêter juste à mes pieds. Le marche-pied.
11h46.
SMS d'un ami.
Je le mets au courant.
J'ai rangé (faute de pouvoir les cacher) tous les accessoires de ce passé.
Je jette l'eau avec les nouilles ou inversement. Tout se brouille.
J'ai le choix.
Je me rends ou je me réfugie dans le sommeil.
Et s'il y avait une autre voie ? Laquelle ?
Allonger des mots, de longues phrases sur le papier comme si je les gravais dans la pierre.
Un burin, un marteau... La pierre grise, dure, les mots démunis, pleins de faiblesses, pleins de ratés.... Je grave, je ne peux pas corriger, ni revenir en arrière.
Il faudrait que j'accepte la douleur, cette douleur indicible. Accepter qu'elle m'emmène quelque part, qu'elle m'accompagne un temps pour se retirer inévitablement d'elle-même.
Mais là je craque... Quel goût ça a ? Quel goût j'ai ? La honte ?
Je remets les pieds sur un terrain familier, grossier, alors que j'aurais dû ! Profiter de l'excursion, découvrir un paysage nouveau. Peur de l'inconnu. Peur du vide. Ça ressemble à un saut. Vertige. Un pas en arrière. Ça me rassure ? Ce n'est rien. Le prochain train arrive.
12h29.
Un voyage commence toujours par les premières minutes qui troublent le quotidien. L'espace autour de soi change. On ne le remarque pas encore mais on change aussi.
Partir pour un pays lointain c'est excitant. On se sent libre. On sort d'un temps employé aux ménages. On tourne le dos pour un laps de temps à nos habitudes. On découvre le nouveau.
Mais partir au plus profond de soi pour éliminer une habitude perverse. Ça n'a rien d'excitant !
On nage à contre nature.
On tente d'aller à l'origine de l'erreur, du premier faux pas.
J'envoie un mouchard au plus profond du passé. J'exfiltre la malheureuse faiblesse, la fouteuse de trouble, celle par qui le scandale arrive. Une fois le point de rupture établi, j'élimine comme de la vulgaire poussière.
Ça c'est la méthode James Bond.
Sauf que j'ai toujours été en guerre contre mon passé. Autant dire que j'ai toujours été en conflit avec moi-même. Comment parvenir autour de la table des négociations avec des ennemis aussi anciens, tenaces, obtus ?
Cette méthode ne me convient pas.
La solution n'est pas dans mon passé.
Je ne veux plus y mettre les pieds. Je gèle les négociations. De toute façon il y a prescription.
En fait, le piège est qu'il n'y a pas de solutions.
Si je reste dans le domaine de la logique, il n'y a pas de solutions.
Je dois plutôt naviguer dans les eaux troubles de l'irrationnel.
Ça tombe bien j'habite près de la mer.
Je dois trouver une embarcation. Un équipage aussi. Je ne ferai pas la traversée seule.
12h51
Les vents sont favorables, on prévoit une tempête !

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L'amour Polaroïd

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L'AMOUR POLAROÏD
"Un mot dit par hasard pouvait avoir d'étranges conséquences, s'il devenait soudain vivant." Orpingalik
SMS reçu le 27 décembre 2015 à 04h56:
-Pour le lieu j'admets n'avoir aucune solution dans l'immédiat. Désolé pour la réponse tardive, mais je commence à me remettre. Il ne me reste que la matinée, à priori, peut-être une partie de l'après-midi... Sinon une prochaine fois : rien n'est perdu, tant que nous en avons envie ! Bien des baisers dispersés.
SMS envoyé à 05h06:
-En effet l'envie n'est jamais vraiment perdue tant que nous soufflons dessus. Le lieu est souvent relié à l'état. Il suffirait de savoir lequel. Le désir est une vaste contrée, pour l'instant seul le hasard nous a...
J'ai poursuivi cet instantané amoureux à travers les vastes mots.
Tant d'esprit et de baisers que mon réel griffe et tente d'effacer. Comment parviendrai-je à profiter de notre Absence quand l'A de l'Amour demeure Ailleurs ?
"Sonder la glace de sa propre existence." Henry David Thoreau.
Le hasard, des mots perles, des rubans de baisers. Une image un peu floue, comme si l'amour ne tenait pas en place. Comme s'il glissait à la surface. Comme s'il devait disparaître aussitôt découvert. Ses couleurs si vives s'épuisent. Son vernis fragile s'écaille.
J'ai entendu par voix intraveineuse le contretemps de notre absence. Un son. Du vide. Des sentiments sans portée. Un murmure et puis une plainte qui se penche au-dessus du berceau d'un amour éternellement endormi, qui jamais ne survit au réel.
Amour Polaroïd.
Je n'ose lui demander combien de jours séparent nos baisers. Je meurs d'envie. Allongée à l'origine de ses mots, j'avais écouté le clapotis de ses mondes tantôt rêvés tantôt vécus, qui parvenaient jusqu'à moi. Une source. Des désirs qui remontent. Des brassées de baisers. Et puis ce cœur qui ne s'arrête jamais, qui déverse dans ma tête un torrent d'images. Une berge déserte, isolée. L'image inerte de l'Amour.
Les yeux secs. Le cou raide. La bouche crispée. Des cris qu'il n'entend pas. Je refuse de me lever, de suivre le courant de la raison. J'égrène des points de suspension. Où que tu sois j'aimerais qu'ils orientent tes pas vers moi. Je toucherais à nouveau ta peau, aspirerais ton ivresse de moi. J'éclabousserais toutes les images passées, donnerais peut être à l'amour son enseigne dorée.
SMS illimités. 27 décembre 2016. Aucune réponse. 
Un écho sensuel ricoche dans ma mémoire.
Je travaillais avec le hasard, l'instantané et c'est tout naturellement que je suis partie à la recherche de traces qui s'effacent...
Amour Polaroïd.
Je remontais à contre-courant le grand fleuve qui s'oublie dans l'océan. Comme ces deux explorateurs d'antan partis à la recherche de la source cachée dans le désert.
Être présent à l'instant même où jaillit le filet d'eau.
Exaltation.
Est-ce au moment où l'on renonce à tout, que tout nous est offert ?
Au moment où l'on ne réclame plus rien que tout nous est donné ?
Accumulation. Profusion.
Tout.
L'intensité même de la présence.
Ces deux explorateurs ont trouvé la source tant convoitée, mais n'ont su profiter de l'intensité de la présence.
Discorde. Querelle. Sans victoire, leur destin rempli de démêlés a perdu sa glorieuse trajectoire.
Traversée par toutes les expériences, je découvre des images comme des caresses qui consolent et démêlent les malentendus des mots.
Deux étrangers se tenaient à proximité.
À l'endroit précis où l'on parle le même langage.
Amour Polaroïd.
Le charme distillé à l'alcool et la pleine nuit ont permis les effusions.
Un élan malgré soi orientait nos mains, emmenait nos esprits vers des contrées organiques où le plaisir mélodieux ravivait nos corps contraints.
Pupilles que dilatent les mots tactiles.
Il m'a donné à dire ce que je désirais entendre.
Embrasse ma belle âme, ma peau d'âme, cette enveloppe affranchie de toute entrave.
Dénoue les liens de mes organes.
L'étrave de nos effleurements, le reflet de nos baisers ondulent encore sur la mer suave de l'après.
« Le matin, c’est quand je suis éveillé et qu’en moi il est une aube. » H.D.Thoreau

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Malles et tiroirs

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Aujourd'hui

Suis sortie sans manières

De chez moi

Laissant derrière

Mes malles et tiroirs.

J'ai marché

Sur des feuilles qui craquent

Sans regard ni à gauche ni à droite.

Sortie de chez moi

Les mains vides sans gant

Du bout des yeux

Je tenais à l'écart

Les mille phares de la ville

Espérant

Que ma tête toute neuve s'enivre.

Paysage aux mille voies

Du bout des yeux je le tenais

À l'écart.

Trop d'éclats du hasard.

Trop de rues et d'histoires.

Je trébuche sur mes malles et tiroirs

Bourrées à craquer.

Le paysage s'en moque

Insiste pour que je l'emporte.

Cédant à ses suppliques

Je l'ai plié en quatre

Au fond de ma poche

Je l'ai glissé.

De retour chez moi

Je l'ai mis à plat entre les pages

D'un gros bouquin

Pour qu'il sèche.

Enfermé dans le noir de ma tête

Il s'est mis à faner.

Depuis longtemps déjà

Je sentais l'urgence de vider

Mes malles et tiroirs

Bourrées à craquer.

Tout balancer.

Sortir l'esprit friand du vide.

Ne rien laisser derrière

Ne rien rapporter.

Juste écouter les histoires de l'air

Laisser la ritournelle

N'en faire qu'à sa tête.

Soutenir le regard du paysage

Sans jamais l'attacher.

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Palpitations des sentiments

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"On aurait dit qu'ils écoutaient au fond d'eux-même une rumeur archaïque." J.J.Saer

Le soir quand les rideaux étaient tirés, il m'arrivait de vérifier tout à coup que le tableau du monde restait toujours accroché à ma fenêtre. Tapie dans le coin arrondie de ma bulle, je séjournais telle un ouvrage en attente.

Ma silhouette détourée se détournait mal de la réalité. Diaphane et filiforme, je me jouais des tours de l'humanité. Je me fondais, défaisais les fils de la grande tapisserie.

La journée, une page blanche posée à côté de moi sur un guéridon. Une page brouillée par les volutes de ma cigarette. Une page qui se tournait enfin vers le sommeil, sans conséquence, juste un lendemain qui ressemblait à la pliure d'un livre.

Il n'y a plus de paysage et la terre est loin.

Palpitations des sentiments.

Le souffle me manque comme l'organe de l'amour. Je respire goutte à goutte le sang-froid sans panique je survis aux manières du temps qui se fout de tout. Les yeux fixés sur le plafond de la rue j'arpente, je furète, j'oblige mon œil à faire le rabatteur, j'écoute les clameurs de silence au bout des vétustes bruits. Les yeux fixés sur le plafond de ma vie, je recèle des souvenirs fastes, des souvenirs élastiques qui n'en finissent pas de claquer.

Devenue le décor de ma propre vie, je porte le nom des rues que j'ai trouvées en m'égarant. Mais les rues appartiennent à tout le monde et tout le monde passe.

Devenue un décor qui s'oublie aussi vite que l'empreinte de leurs pieds, je traverse la vie comme on traverse une rue, jetant par dessus mon épaule les secondes qui s'écoulent, des poignets de graviers qu'ont foulés mes pas.

À l'abri d'un pont avec le temps qui dort, j'enlise l'amour en enterrant mes torts. J'ai un bail à la place du coeur, un drôle de logement sans confort, ni valeur. Des locataires pleins d'audace meublent un temps cet espace. La visite terminée sans état des lieux, ils omettent les adieux. Je fais les frais de leur inconduite et m'accommode seule de leur fuite.

Palpitations des sentiments.

Un jour on m'a dit qu'on n'était pas grand chose mais que l'autre valait plus que tout. En face de toi, à travers ton regard, j'aurais pu être une grande chose. Mais un vide de falaise insondable, quand l'amour passe. J'ai le vertige de ton absence. Je dissimule mal ce qui pourrait m'affaiblir.

À la merci du vide avec le temps qui mord, croyant être libre, je rumine mes remords.

À ce jour, j'me figure qu'en prenant l'âge en traître ma figure garderait ses attraits. Mais les clefs sont jetées, j'me suis mise à la porte sous les foulées anonymes des rues animées.

Assise en tailleur, je tends un cœur vide et raccommode les trous du temps qui m'a laissé des rides.

On peut lire sur mon carton : M'aime-moi même si je mène pas ma vie même si je mime l'ennui.

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Il marche

Guitare

 

Il marche

Ne sent pas la pluie

Qui s'ébat autour de lui.

Il marche

D'un pas sec, sans pensées.

Il marche

La pluie à côté de lui

Les pensées dans son dos.

Quand il ne marche plus

Les pensées tombent en lui

Comme une averse drue

Qui enlise ses pas.

Il s'assoit

Ses cheveux comme des cordes de pluie

S'emmêlent aux accords de sa guitare

Qu'il tire de son dos.

Une longue route

Remplie de ses pas

Relie

Chaque goutte

Une perle qui vibre

Un collier qui ne se ferme pas.

Le soleil dans son sac

La nuit dans ses pas qui s'arrêtent.

Maintenant, vers là-bas

Et puis après

La guitare joue un air d'avant

Des accords qui consolent.

Il ne marche plus

La fatigue qu'il savoure

L'emporte.

Il dévale en sommeil

Les ravins qu'il n'a pu franchir

Les vallées où l'on habite

Sans l'attendre pour l'aimer.

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photomaton de mon père

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Photomaton de mon père. En arrière plan ma mère et moi.

Il n'a pas connu FaceBook, ni le téléphone portable, ni l'ordinateur, ni les OGM, ni les euros, ni la carte vitale, ni le TGV, ni la reconnaissance faciale, ni le câble, ni les ampoules basse consommation, ni le fichage ADN, ni le four micro-ondes, ni le Drive, ni la nano technologie... ni les RTT et même pas la retraite, juste les congés payés et la TV avec ses trois chaînes, quand elle est passée à la couleur, le téléphone filaire tout gris avec le cadran à trous et le Minitel quand même.

C'est en le regardant que j'ai découvert le goût d'écrire. Des poèmes à la con sur sa vie d'ouvrier des faubourgs de Paris. Il parlait l'argot comme d'autres parlent le breton.

On allait chiner aux puces ou dans les décharges publiques, ces petits monticules de déchets ménagers qu'on pouvait voir à la lisière des bois ou sur le bord des chemins. On dénichait de vrais trésors. On se salissait les mains, mais ça en valait la peine.

C'est en le regardant que j'ai appris à réparer ou à transformer les objets qu'on récupérait, à leur donner une seconde vie. Juste en étant à côté de lui. Il me tolérait, silencieux, concentré sur sa tâche. Il fallait se taire. Je vivais parmi ça.

Il ne savait pas qu'il m'apprenait. Je ne pouvais pas le remercier. Je ne savais pas que j'apprenais.

Il me reste de lui peu de mots d'argot mais le goût des mots trafiqués, son vieux portefeuille en cuir brun, le cambouis sur les mains et un penchant certain pour l'imaginaire. Voir à travers les choses. Déceler derrière la façade grise de la réalité une cour intérieure pleine de contrastes. Débarrasser les choses de leur épaisse crasse, en révéler la beauté. Ci tôt qu'elle est réelle et évidente, avoir la sensation qu'elle nous appartient.

Un besogneux courbé sur sa machine.

Derrière l'air sombre du quotidien, se cachait pas loin sa vraie nature. Les rares occasions où je percevais le bonhomme c'est quand il fouinait avec sa tige en métal, les déchets multiformes ou quand il expérimentait un véhicule improbable bricolé avec des bouts de ferrailles. Je retrouvais le gamin des rues, avec ses manières de manouche, son sourire narquois, le filou au regard malin, aux gestes habiles. Il semblait libre, débarrassé de ses tourments de chef de famille.

Persuadée que mes parents ne m'avaient rien appris, rien donné, rien transmis, je me comparais à ceux de mon âge. Je voyais bien que leurs parents étaient des modèles pour eux. Moi, je trouvais que les miens n'avaient rien à m'offrir et qu'ils étaient vieux et démodés.

Juste un toit, à manger, des vêtements propres et les manières de base. Je créais le reste, ce que je n'avais pas, ce qu'y manquait.

Ils ne parlaient pas d'amour. Ces mots qui relient, caressent et remplissent. On se retourne vers l'autre, on le regarde dans les yeux, on lui tient la main, on sourit.... Et les mots viennent. Ces gestes ne venaient pas.

Ils ont dû m'aimer. Par devoir. Je faisais partie de la famille cela suffisait. Je portais leur nom cela suffisait.

Quand ils me tenaient par la main dehors, je pensais alors qu'ils m'aimaient. Je crois qu'ils craignaient juste que je m'échappe.

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